Et une de plus!

Et une de plus!

Bienvenue à Gaytown!


ஐ C'est un yaoi, donc ceux qui sont contre sont priés de dégager. Pour les lectrices, je précise qu'ici Bill et Tom ne sont pas frères. C'est une fiction plutôt simple, sans prétention. J'écris quand ça me vient, après je ne sais pas trop où est-ce que j'emmène mes personnages. J'espère qu'elle vous plaira. N'hésitez pas à commenter!

Enjoy! =)



ஐ Mes autres fictions :
Nothing Can Be Explain (FullMoon)
F*ck Me (Such a pleasure)
Do You Really Want To Escape? (Twinlicious)



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# Posté le dimanche 01 février 2009 06:26

Modifié le mardi 20 octobre 2009 15:56

Chapitre 1

Chapitre 1

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La dernière étreinte
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L'énorme poignée de la porte en bois de chêne ne lui gelait pas uniquement les doigts. Ce froid illusoire lui mordait aussi les tripes.

Prenait-il la bonne décision?

Certainement. Oui, il en était convaincu.

Dans ce cas, pourquoi n'arrivait-il pas à se détacher de cette porte?

Il retint un grognement. Non, il était hors de question qu'il recommence. Toujours là, à se poser mille et une questions pour finalement ne rien faire, rentrant à la niche sans même avoir serré les crocs. Il y pensait depuis des mois. Il était plus que temps que ce projet soit mis en ½uvre. Ce soir serait l'un des plus marquants de sa vie parce qu'il l'avait décidé. Il n'y aurait plus d'alternative désormais.

Profitant de ce cours moment de volonté, il tourna la clé deux fois dans la serrure aux couleurs d'or puis l'enfonça hâtivement dans son sac avant de placer ce dernier sur sa frêle épaule. Il se détourna de la porte qui conservait précieusement les derniers éclats d'une vie passée et s'avança prudemment dans l'immense couloir aux murs couverts de divers tableaux, dont certains portraits semblaient lui lancer un regard réprobateur. Il fixa la rambarde de l'escalier, qui lui chuchotait de se dépêcher, de les ignorer tous autant qu'ils étaient ces vieux boucs rabougris. Alors qu'il l'atteignait enfin, une expression de soulagement scotché au visage, il entendit ce que tout bon fugueur craignait d'entendre : le grincement d'une porte.

Son c½ur cessa de battre : à quoi bon vivre encore si c'était pour retourner en cage? Immobile, il attendait cet instant, cet instant meurtrier où la voix de sa mère retentirait pour lui hurler de retourner immédiatement dans sa chambre, ne réalisant même pas qu'il partait pour de bon, se contentant juste de lui faire la morale comme toujours au lieu d'ouvrir les yeux avec son âme de mère et de voir, enfin, qu'il était un jeune homme malheureux et frustré, qu'il était son fils et non sa marionnette, qu'il avait fait ses valises uniquement par sa faute à elle.

Mais quelque chose de bien pire se produisit.

_ Bill?... Billy où est-ce que tu vas?

Plus douce que la plus belle des berceuses, plus puissante qu'un coup de couteau. C'était la voix d'un ange qui avait retenti dans le lourd silence de la nuit. Celle de son frère. La seule personne qui lui manquerait si il s'en allait. La seule qu'il regretterait.

_ Billy?

Du haut de son mètre quatre-vingt trois, Bill se tourna vers l'enfant qui lui arrivait à peine au nombril. Il le trouvait tellement vulnérable dans son pyjama bleu à rayures trop grand, sa peluche Teddy calée contre son torse. Il s'avança, rageant contre sa vue qui se brouillait déjà. Le petit le regardait s'agenouiller devant lui, ses beaux yeux verts laissant s'échapper quelques larmes.

_ Billy, tu... tu t'en vas?

Le grand frère ne savait pas quoi dire. Pouvait-il vraiment balancer à cette petite créature innocente de tout juste neuf ans, qu'il s'en allait parce qu'il en avait marre, parce qu'il étouffait, parce qu'il n'était pas heureux? Pouvait-il se permettre de lui dévoiler ses ambitions ? Lui dire qu'il allait construire une nouvelle vie ailleurs, tout reprendre à zéro et oublier son passé dont lui-même faisait parti? Non. Il en était totalement incapable. Que pouvait-il faire alors? Lui mentir?

_ Alors c'est vrai? T-Tu pars?...
_ Warren, je...

Il voyait bien que son petit frère comprenait. A quoi bon dire des mensonges. Ça ne ferait qu'aggraver la situation. Bill passa nerveusement une main dans sa tignasse d'un blond sombre.

_ Oui... Oui, Warren je m'en vais. Je n'aime pas ma vie ici. Je suis malheureux...

Comme il s'en voulait de lui dire ces choses. Quel genre de frère était-il pour lui arracher encore une parcelle d'innocence? Pour noircir encore le monde qu'il croyait si rose? Ici, Warren subissait la même chose que lui, les mêmes épreuves chaque jour. Partir seul et le laisser dans cette maison était injuste. Mais pouvait-il vraiment faire autrement? Pouvait-il le priver d'une vie quasiment stable? Prendre des décisions à sa place?

_ C'est à cause de moi? J'ai fais quelque chose de pas bien?

A l'entente de ces mots et des légers sanglots qui les accompagnaient, Bill prit immédiatement son frère dans ses bras et le serra de toute ses forces, les larmes dévalant ses joues malgré lui.

_ Ne dis plus jamais ça! Je te l'interdis! Tu es la meilleure chose qui me soit arrivée depuis ma naissance! Tu es mon petit frère, mon trésor. Je t'aime plus que tout Warren, plus que tout, tu entends?!

Warren passa ses petits bras autour de son cou, sa peluche venant chatouiller l'oreille du blond.

_Moi aussi je t'aime Billy. Moi aussi. Pour toujours grand frère. Mais alors dis moi pourquoi tu pars?

Ses sanglots s'étaient un peu calmés mais Bill ne desserrait pas son étreinte.

_ Parce que... les parents sont insupportables. Depuis plusieurs années, je suis capable de me débrouiller et... Enfin Warren tu vois toi-même ce qu'il se passe tous les jours! Je suis à bout... J'en peux plus, je...
_ Oui Billy. Je comprends...

Il se recula pour regarder le visage fatigué de son grand frère. Il comprenait et ne lui en voulait pas. De sa main libre, il essuya les joues trempées de son aîné avant d'embrasser doucement son front.

Qui était le plus mature des deux au final?

[...]


Moite.

Sa main était moite et pourtant il ne lâcherait celle de son petit frère pour rien au monde. Ils savaient que ce serait la dernière fois avant longtemps. La dernière fois que Bill marchait dans cet appartement, la dernière fois qu'il entendait le tic tac familier de l'horloge, la dernière fois qu'il trébuchait sur le tapis du salon... la dernière fois que le miroir du hall d'entrée reflétait son visage. Il était pâle, encore plus que d'habitude et son visage immaculé était dissimulé par ses longs cheveux hirsutes. Il grimaça et relâcha lentement la petite main de son frère pour retirer le vieil élastique à son poignet afin de s'en servir pour attacher sa tignasse. Warren l'observait minutieusement, profitant des derniers moments passés en sa compagnie.

Ils jetèrent ensuite le même regard indécis à l'imposante valise noire, posée à côté du portemanteau avant que Bill ne se tourne vers Warren, de nouveau les larmes aux yeux.

_ N'oublie pas ce que je t'ai dit : garde mon portable avec toi constamment. J'essaierais de m'en racheter un le plus tôt possible. Je t'appellerais tous les jours. Dès que je trouverai un ordinateur avec Internet, je te bombarderai d'e-mails. Je te le...

Warren lui donna un léger coup dans le ventre.

_ Non Billy! Ne promets rien.

Bill sourit maladroitement. Son frère ne le connaissait que trop bien. Il savait qu'il ne tenait jamais ses promesses, même s'il faisait des efforts pour. Un défaut qu'il avait hérité de sa mère.

_ D'accord. Je ne te le promets pas. Mais tu le sais que je t'aime pas vrai? Que je ne t'oublierais pas?
_ Bien sûr que je le sais Billy.

Bill s'accroupit face à lui et le prit tendrement dans ses bras. Il huma le parfum fruité de son gel douche puis se recula pour le regarder.

_ Je reviendrais. Pour toi.

Warren sourit à travers ses larmes.

_ Tu réussiras Billy. Tu trouveras ta place et tu seras heureux. J'en suis sûr.
_ Putain, qu'est-ce que tu vas me manquer!

Ils étouffèrent le même sanglot dans une forte étreinte.

La dernière...

[...]


Bill sautillait sur le trottoir pour se débarrasser de cette sensation de froid décidément bien pesante, attendant impatiemment que cette étrange machine jaune canari dont les banquettes avaient rencontré des centaines d'âmes aussi différentes les unes que les autres, ce superman des temps modernes, daigne faire son apparition. Le taximan lui avait affirmé qu'il arriverait dans quinze minutes... il y avait de cela vingt minutes. Le blond avait préféré attendre en bas de l'immeuble au risque de céder à la bouille de Warren, qui le poussait pourtant à voler loin cette cage qu'était leur appartement.

Le blond soupira et s'assit sur sa valise, ignorant les volutes de buée qui lui sortaient par la bouche.

Il fixait le bout de la rue d'un ½il inquiet, craignant les coins sombres, épargnés par les lumières rassurantes des lampadaires. Il trouvait Manhattan bien vide ce soir. Certes, il était à peine trois heures du matin mais d'ordinaire il y avait toujours une ou deux personnes qui flânaient sur le trottoir se remémorant la soirée passée, un sourire de banane aux lèvres.

Or, cette fois-ci, il n'y avait personne.

Bill détourna son regard sur les magnifiques décorations de Central Park, lieu mythique qui faisait face à son immeuble. Ce parc avait marqué toute son enfance et malgré les dires de ses parents il n'avait absolument rien d'ennuyeux. C'était un endroit magnifique et apaisant, le "poumon de New York" comme l'appelaient les médias. Le blond fût tenté d'aller y faire un tour mais se résigna bien vite. Il fallait vraiment qu'il arrête de chercher des excuses pour dégager de ce trottoir sale.

Il tira son bonnet sur ses yeux fermés, laissant la laine chatouiller ses paupières. C'était déjà mieux comme ça. Il avait enfin trouvé le moyen d'arrêter de trouver une excuse pour rentrer dans l'immeuble tellement chic et familier, s'empresser d'appuyer sur la bouton glacé de l'ascenseur, et courir jusqu'à la porte de l'appartement qui retenait son trésor de petit frère et accessoirement la sécurité et le confort.

Il avait bêtement pensé que ce serait facile de partir. Qu'une fois dehors, sans personne pour le surveiller, il se sentirait déjà plus libre. Faux. Le sentiment de dépendance n'avait jamais été aussi fort. Il avait beau avoir foulé ce bitume des centaines de fois, il ne s'était pourtant jamais senti aussi perdu.

_ Warren est-ce que je ne suis pas en train de faire une belle connerie?

A peine cette question avait-elle franchi la barrière de ses lèvres charnues qu'un bruit de moteur se fit entendre non sans une horrible odeur de pot d'échappement. Avant même que Bill ne découvrit ses yeux, une voix grave se fit entendre.

_ Monsieur Hamilton?

Bill retira hâtivement son bonnet, songeant qu'il devait être ridicule à jouer les aveugles, avant d'acquiescer au chauffeur. Il se leva tandis que l'homme sortait de son véhicule pour en ouvrir le coffre. Le blond le remercia en rangeant son énorme valise puis vînt s'installer dans la voiture, non sans un dernier regard à son immeuble.

_ Où souhaitez-vous vous rendre?

Le passager boucla sa ceinture puis répondit au taximan en le regardant dans son rétroviseur.

_ Le plus loin possible d'ici.

Après un regard surpris jeté au blond, le chauffeur démarra la voiture, gardant ses questions pour lui. Bill, de son côté, ne faisait déjà plus attention à lui. Il posa ses mains sur ses genoux et expira un bon coup, songeant que cette fois-ci c'était bien la fin.


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Voilà le tout premier chapitre! =)
J'attends vos avis avec impatience!
Bisous!
Et merci d'avoir lu! <3
EDIT :
Coucou! =)
Alors oui, je tiens à le dire : Bill est bel et bien blond! ^^ Plus de précisions dans les chapitres suivants! Merci encore! <3

# Posté le dimanche 01 février 2009 07:08

Modifié le mardi 10 février 2009 12:49

Chapitre 2

Chapitre 2
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En cavale...
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La tonalité ne lui avait jamais parue aussi menaçante et sournoise.

Et si il ne répondait pas? Et si ses parents avaient accidentellement retrouvé le téléphone? Et si finalement Warren lui en voulait vraiment? Et si...

_ Allô?

Bill expira enfin et passa rapidement le combiné de sa main gauche - tremblante - à sa main droite.

_ Warren? C'est moi!
_ Billy! Oh je suis content de t'entendre, enfin!

Sa voix... Comme elle lui avait manqué. Pourtant il n'avait quitté le foyer familial que depuis... dix-neuf heures pour être exact. Mais elle était si réconfortante, si douce, si familière. Elle contrastait totalement avec le couloir impersonnel où était placé la cabine téléphonique depuis laquelle il l'appelait.

_ Tu vas bien?
_ Oui, oui tout va très bien pour moi ici. Et toi? Raconte-moi ce que tu as fait depuis que tu es parti!

Au son de sa voix, Bill comprit à quel point il était excité par son aventure. Au risque de casser un mythe où il serait poursuivi par les flics et où il changerait de perruque toutes les deux heures, il répondit franchement.

_ Eh bien, j'ai passé la journée dans un taxi. Un peu ennuyeux sur les bords mais je n'aurais pas pu rêver mieux. Je vais bien et je suis libre!
_ C'est super Billy! Je suis tellement heureux pour toi!

Il était sincère. Et attentionné aussi. Le blond se mordit violemment la lèvre en se demandant pourquoi, au grand pourquoi il avait laissé son trésor là-bas. Puis il se rappela des bribes de ses raisonnements de la nuit dernière : vie instable, choix, responsabilités et compagnie.

_ Tu me manques Warren...
_ Toi aussi Billy.

Le jeune homme ferma un moment les yeux pour se concentrer sur la respiration régulière de son petit frère. Malgré la distance Warren était là, avec lui. Pour toujours. Il préféra changer de sujet craignant que ses lèvres ne se remettent à trembler.

_ Et les parents? Ils n'ont rien remarqué?
_ Non pas encore. Ils ont passé la journée à l'extérieur. Ils rentreront d'ici une heure ou deux d'après ce que m'a dit Dorothee... Elle a remarqué que tu n'étais plus là...
_ Qui?
_ Dorothee. Plusieurs fois, elle est venue frapper à ta porte mais évidemment tu ne répondais pas. Elle est inquiète. Elle m'a demandé si je n'étais pas au courant de quelque chose...
_ Tu lui as répondu quoi?
_ Que je ne savais rien. Que de toute façon aujourd'hui j'avais passé la journée à l'école. J'ai bien fait?
_ Oui, c'est exactement ce qu'il fallait faire. J'ai confiance en elle mais je ne veux pas qu'elle soit mêlée à tout ça : elle risque de se faire virer si les parents apprennent...
_ Tu es trop gentil Billy.
_ En plus, je t'ai déjà mêlé à tout ça... Comme je m'en veux...
_ Non Billy. Si tu ne me l'avais pas dit, je ne pense pas que je m'en serais remis. Aie confiance en moi, je ferais attention.
_ Oui, d'accord.

Il jouait nerveusement avec le câble du téléphone, entortillant les boucles autour de ses doigts fins. Il ne voulait pas que cette histoire prenne de l'ampleur pour une autre personne que lui.

_ Tu es où en ce moment?
_ Je suis dans la cabine téléphonique d'un motel, un peu après Baltimore. Je repars demain matin, à l'aube.
_ Tu iras où?
_ Je dois d'abord aller dans le sud du pays. J'espère atteindre Greensboro d'ici après demain.
_ Et tu veux aller jusqu'où?
_ Prendre l'avion pour Los Angeles.
_ C'est loin... A l'autre bout des Etats-Unis.

Warren avait dit cela d'une voix faible. Le c½ur de Bill se serra.

_ Je reviendrais. Crois-moi je reviendrais, et ce uniquement pour toi.
_ Je sais...

Bill devinait un petit sourire sur son visage enfantin et sourit lui aussi, rassuré que Warren lui fasse autant confiance.

_ Et pour l'argent, tu t'en sors comment?
_ J'prends sur mon compte en banque. Mais il faudra que d'ici demain je retire de l'argent. Dès que les parents sauront que j'ai pris la fuite, il vont me couper les vivres...

Ça, il en était certain. Ses parents n'étaient pas du genre à passer par quatre chemins ou à tenter une négociation.

_ "Veuillez insérez quarante cents pour cinq minutes supplémentaires."
_ Merde. J'ai plus d'argent sur moi. J'te rappelle demain soir d'accord?
_ D'accord Billy. Fais attention à toi. Je t'aime.
_ Moi aussi je t'aime. Bonne nuit mon ange.

Bill raccrocha le combiné sur le vieil appareil mural, la nostalgie s'emparant déjà de sa petite personne. Il reprit le chemin de sa chambre, ouvrant la porte pour aller à l'extérieur, après avoir maladroitement souri à l'aimable hôtesse assise au comptoir de l'accueil.

Il n'était pas habitué à fréquenter les gens...normaux. Du moins les personnes autres à celles de sa famille ou celles appartenant à la haute bourgeoisie new-yorkaise : des êtres aussi méprisables les uns que les autres, passant leur temps à juger ceux qu'ils pensaient inférieurs ou à se vanter de leur dernière acquisition d'une villa dans les îles du Pacifique. Ce genre de fréquentation l'avait rendu méfiant et beaucoup moins confiant sur le monde qui l'entoure.

Étaient-ils tous aussi détestables?

Il était capable de tenir une longue conversation sur la crise financière ou la neuropsychologie, mais demander l'heure à un inconnu d'un air nonchalant ou jouer au baby-foot restaient pour lui des défis. Les vieux taxis, les motels, les hôtesses d'accueil aimables... Tout cela était très nouveau pour lui. Il n'avait même jamais mis les pieds dans une épicerie ou un bowling. Tout ça par la faute de ses parents qui lui interdisaient sorties, loisirs... et choix. Comprendre que sa vie était toute tracée et entre autre, que son opinion n'avait pas à franchir la barrière de ses lèvres lui avait fait énormément de mal . On lui avait souvent répété que c'était sa destinée.

Oui mais voilà, lui le destin, il n'y croyait pas.

Le vent glacial de l'hiver lui rougissait les oreilles et le nez, lui donnant une bouille d'enfant. Trois fois, il avait failli s'étaler sur le verglas et ce n'était pas sans un grognement vainqueur qu'il avait atteint sa chambre. Il en ouvrit la porte usée et appuya sur l'interrupteur. Si il n'y avait pas eu la valise par terre et le couvre-lit froissé, on aurait pu croire que personne ne logeait actuellement dans cette pièce. Depuis qu'il était arrivé, aux environ de six heures du soir, il avait passé son temps à dormir. Il s'était efforcé de mettre le chauffage et d'activer son réveil pour appeler Warren à une heure raisonnable, après le reste ne comptait pas vraiment.

Il était à présent vingt-deux heures trente et la fatigue se faisait de nouveau ressentir. Il regarda son lit avec envie avant de se diriger vers la table de chevet d'un pas lent. Il tira sur le manche du tiroir et en sortit un vieil annuaire. Il tourna méthodiquement les pages légères qui s'agrippaient à l'énorme reliure, veillant à ne pas les déchirer. Il trouva finalement la bonne page, celle des taxis, et nota à l'arrache le numéro sur le bloc-notes qui reposait sur le meuble à ses côtés.

Enfin, il s'étala de tout son long sur le lit aux draps blancs avant de s'endormir, sa dernière pensée pour son petit ange, qui dormait sûrement à présent. Le seul pour qui il serait capable de faire marche arrière.

[...]


Bill referma rapidement son sac à dos et parcourut les quelques mètres qui le séparaient de son taxi. Il ouvrit la portière et s'assit avant de sourire au chauffeur.

_ Merci d'avoir patienter. Pourriez-vous m'emmener à la gare la plus proche, s'il vous plaît?

Le taximan acquiesça et mit le contact.

Ils roulaient dans l'état de Virginie, zigzagant à travers les rues de la ville de Richmond. Bill avait quitté le Maryland depuis trois heures à présent. Il était passé de taxi en taxi et avait demandé à ce énième chauffeur de s'arrêter un moment pour qu'il puisse retirer de l'argent à la banque. Actuellement, dans son sac à dos étouffaient pas mal de jolis billets verts. C'était tout l'argent dont il aurait besoin dans les prochains jours. La crainte que ses géniteurs ne lui coupent réellement les vivres à tout moment l'avait fait longuement hésiter : en effet, devait-il prendre cinq mille ou dix mille dollars? Il avait finalement décidé de rester raisonnable et de prendre le minimum vital.

A savoir, cinq mille dollars.

Maintenant, il avait vraiment l'air d'un malfrat en cavale avec tout cet argent bien caché dans son inoffensif sac en toile. Son look de mec ordinaire renforçait l'effet anonyme, ce qui le faisait sourire. Bientôt, William James Theodore Hamilton ne serait plus qu'un souvenir qui laisserait place à Bill Hamilton : ce serait une sorte de renaissance.

Le blond avait tellement hâte. Son look était banal, il ne suivait pas la mode et qu'il soit de la haute ou pas, on ne le remarquait pas. Il avait toujours été invisible, inexistant. Mais la roue tourne. Cette course à la liberté prévue depuis si longtemps incluait une transformation physique. Un rêve qu'il voulait réaliser depuis des lustres. Adieu les blue jeans, les tee-shirt unis, les vieux pulls en laine ou son éternelle tignasse blonde. Il allait tellement changer que personne ne le reconnaîtrait et surtout, pour la première fois de sa vie, il existerait.

Arrivé à la gare, il sortit du taxi et paya la chauffeur en le remerciant. Il acheta ensuite un aller simple en bus pour Greensboro et attendit sur un vieux banc, toujours aussi invisible...

...pour l'instant.

[...]


Bill, uniquement vêtu d'une serviette en coton, se dirigea vers son lit en s'étirant les bras, un sourire de pure allégresse aux lèvres. Ses pieds quittèrent la confortable moquette lorsqu'il s'affala entièrement sur le matelas aux draps blancs et vert pastel. Sa main se dirigea automatiquement vers la télécommande de la télévision.

Le blond pouvait désirer autant qu'il voulait une vie normale, sans superflu et complications, il n'arriverait probablement jamais à se passer de son petit confort. Après l'expérience du motel -pas désagréable mais pas géniale non plus- et une journée passée dans un bus, il avait rapidement fait son choix quant au lieu où il allait dormir cette nuit : une des suites confortables du Fairfield Hotel.

Oui, parce que malgré tout, il tentait de rester raisonnable.

Il stoppa son zapping sur une chaîne musicale et baissa légèrement le volume. Il balança la télécommande sur les oreillers, se tourna vers la table de chevet et attrapa sa montre : vingt-deux heures et quarante-deux minutes.

Il était en retard.

Il décrocha le téléphone fixe et composa son propre numéro. Il avait hâte d'entendre à nouveau la douce voix de son petit frère. A peine la tonalité commença à se faire entendre que Warren décrocha.

_ Allô?

Bill comprit immédiatement que quelque chose n'allait pas.

_ Warren? C'est Bill.
_ Attends un instant.

Le blond l'entendit bouger. Un vague cliquetis puis le silence le plus complet. Il ne comprenait pas et l'anxiété ne tarda pas à se faire sentir.

_ Warren? Qu'est-ce qui se passe?
_ Excuse-moi... Billy, il faut que tu fasses vite... Ils ont compris que tu n'étais plus là! Ils vont te chercher!
_ Merde...
_ Papa a appelé un serrurier voyant que tu ne répondais plus et ils ont forcé ta porte.

C'était légèrement problématique. Il savait que ça devait arriver un jour ou l'autre mais le fait que ce soit à peine deux jours après sa fugue le contrariait un peu. Encore plus quand il savait qu'on ne le recherchait pas pour sa personne mais pour son rang.

_ Billy, les flics sont déjà dans notre salon!

Ah, ça par contre c'était autre chose.

_ Quoi?!
_ Ils sont là depuis heure environ. Ils veulent commencer les recherches demain matin, au plus tard. Et papa compte bien te couper les vivres!
_ L'enfoiré...

Voilà, il était officiellement en cavale à présent... et il ne pouvait même plus en rire.

_ Tu es où en ce moment?
_ Au Fairfield Hotel, à High Point.
_ En Caroline du Nord, c'est ça?
_ Oui... Fait chier. Il faut que je me grouille. J'espère que je pourrais arriver à Atlanta au moins.
_ Qu'est-ce que tu comptes faire là-bas?
_ Quelque chose de très important. Et après ça, je ne pense pas avoir de problème pour me balader sans qu'on me retrouve.

En fait, il en était certain.

_ Je ne comprends pas. Qu'est-ce que...
_ Tu verras. J'te montrerais par e-mail ou autre.
_ Ok. Mais fais vite s'il te plaît. Je ne veux pas qu'ils t'attrapent. Dès que tu as terminé, prends l'avion pour Los Angeles.
_ Oui, Warren je te le promets...

Il ne réalisait pas l'ampleur de ces mots...

_ Attends!
_ Quoi?
_ Chut!

Bill crut presque entendre le c½ur de son petit frère battre dans l'écouteur.

_ Maman arrive pour voir si je dors! Je file!
_ J'te rappelle demain. Fais attention à toi! Je t'aime!
_ Moi aussi je t'aime Billy. Bonne nuit.

Bill raccrocha avant de soupirer. Les choses se compliquaient un peu mais il était persuadé qu'il y arriverait. Hors de question qu'il abandonne en si bon chemin. Il s'empressa d'enfiler un boxer et se faufila dans le lit confortable, songeant à la journée éprouvante qui l'attendait le lendemain.

Il ne pensait même pas à la phrase maudite qu'il avait inconsciemment sortie à son frère, concernant son vol pour Los Angeles :
"Je te le promets..."

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Voilà le deuxième chapitre! =)
J'espère qu'il vous a plu!
Vous voyez maintenant à quoi ressemble Bill (autant physiquement que mentalement)?
Et quels sont ses plans?
Qu'en pensez-vous?
J'attends vos commentaires avec impatience! ^^
Bisous!

# Posté le mardi 10 février 2009 12:41

Modifié le mercredi 13 mai 2009 09:14

Chapitre 3

Chapitre 3
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Etre ou ne pas être...
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D'un geste vif, Bill traça une courbe sur la feuille avec son crayon à papier. Ses gestes rapides mais précis traduisaient une intense concentration. Il replaça une mèche rebelle derrière son oreille et leva la tête pour observer encore une fois son reflet dans le miroir. Il fixa un long moment sa lèvre inférieure, mémorisant les moindres détails et se replongea de nouveau dans son dessin.

Recourbé sur sa feuille, on aurait presque dit qu'il essayait de traverser le papier. Il pinça les lèvres lorsqu'il fit un faux mouvement et rajusta son modeste support -un vieux bouquin sur le surf- qu'il maintenait sur son avant-bras avant de corriger son erreur. A nouveau, il s'observa, étudiant cette fois son arcade sourcilière droite.

_ Il manque quelque chose.

Lentement, il haussa le sourcil puis le rebaissa. Il continua ce petit jeu plusieurs minutes, riant de lui-même, avant que l'illumination ne lui tombe sur la tête. Il contempla un instant le croquis, et sa main repartit dans sa danse folle, traçant un détail mordant et provoquant : un piercing.

Son futur piercing.

La sonnerie du téléphone de sa chambre retentit l'arrachant à ses rêves de transformation physique. Il traversa la salle de bain, grognant en sentant l'eau s'imprégner dans ses chaussettes. Il les enleva rapidement puis se dirigea vers le bureau où il déposa ses effets. Enfin, il attrapa le téléphone brailleur.

_ Oui?
_ Monsieur Hamilton, excusez-moi de vous importuner mais votre invitée vient tout juste d'arriver.

Bill regarda sa montre. Elle était pile à l'heure... et lui, pas du tout. Pris dans sa frénésie artistique il n'avait pas vu le temps passer. Grâce au ciel, il avait juste à changer de chaussettes.

_ Très bien. Installez-la à la table que j'ai réservé au restaurant. J'arrive tout de suite.
_ Bien monsieur.

Le blond raccrocha et alla ouvrir sa valise, son cerveau déjà surchauffé par des milliers de questions.

[...]


Profonde inspiration.

Tout ceci n'était qu'un simple processus de socialisation. La base élémentaire de toute civilisation. Il était un individu qui recherchait son identité et la personne qui l'attendait à la table du restaurant n'était qu'un agent secondaire qui l'aiderait à atteindre son but. Voilà, c'était de la sociologie bête et méchante.

Pas de quoi paniquer.

Bill se frappa sèchement le front. Si quelqu'un l'entendait penser, il serait vraiment passé pour un débile. Il avait l'air d'un étudiant au bord de l'évanouissement à l'approche d'un examen. Il connaissait une théorie qu'il n'avait jamais mis en pratique et le simple fait de réaliser qu'il était déjà dans l'ascenseur pour se rendre dans ce maudit restaurant, le faisait perdre la tête.

Il fallait récapituler. D'urgence.

Il s'appelait William James Theodore Hamilton. Il avait dix-sept ans et avait fugué de chez lui il y avait maintenant quatre jours. Ce midi il était arrivé à Atlanta et avait retiré plus de vingt mille dollars pour amortir une certaine chute au cas où ses parents videraient son compte dans l'instant. Il résidait à présent au Ellis Hotel où il avait loué une suite pour trois jours. Dans le restaurant de cet hôtel l'attendait une jeune styliste-modéliste qui n'avait probablement aucune idée de tous les espoirs qu'il plaçait en elle.

Récapituler le stressa encore plus.

[...]


_ Voici votre table monsieur Hamilton.

Tandis qu'il remerciait le serveur, la jeune femme qui était à table se mit debout pour le saluer.

_ Monsieur Hamilton, je suis Gia Stevens, styliste-modéliste. Enchantée de faire votre connaissance.

A l'entente de la dernière phrase, Bill faillit exploser rire. Sa voix et l'expression de son visage contrastaient tellement avec ses propos que s'en était risible. Elle paraissait être tout sauf enchantée. Rien de bien méchant, juste un ennui profond.

_ Moi de même.

Il l'intima à s'installer et l'imita peu après.

La demoiselle Stevens était assez petite et ses jolies courbes féminines lui auraient donné un peu plus de charme si elle avait pris la peine de les mettre en valeur. Son large front était dissimulé derrière une frange brune qui s'étendait jusqu'à ses yeux bleu-vert incroyablement perçants. Elle portait une veste d'aviateur sur une chemise à carreaux rouges et bleu marine ainsi qu'un blue jean aussi banal que le sien.

Le blond était assez surpris. Il s'attendait plus à un face à face avec une femme dynamique, bavarde... et tendance. Un peu comme la hyène décolorée qui servait de styliste à sa très chère mère. Or, Gia Stevens en était le total opposé.

_ L'agence m'a expliqué que vous aviez besoin d'aide pour changer votre garde-robe, c'est bien ça?

C'était une interrogation incertaine qui ne demandait qu'à être niée. Bill réprima un sourire en voyant la minuscule lueur d'espoir dans ses yeux. Cependant, il acquiesça sans remord.

_ C'est exact.

Elle se renfrogna immédiatement. A croire qu'il lui demandait d'accomplir une tâche éprouvante et ennuyeuse.

_ Très bien. Comment voulez-vous procéder?

Simple processus de socialisation. Affirmation de soi. Opinion et idées. Cette fois-ci, il décidait de ce qui était bon pour lui. Il était d'ailleurs le seul à le savoir, il n'avait plus à hésiter...

_ Monsieur?

... du moins, il faudrait qu'il réussisse à réellement s'en convaincre.

_ Excusez-moi, j'étais ailleurs.

Il inspira profondément.

_ Donc, oui je sollicite votre aide pour m'aider à changer radicalement certains détails physiques dans les trois jours qui suivent. Pas uniquement au niveau des vêtements. Je souhaiterais également que vous me conseillez pour certaines autres petites choses telles que ma coiffure et autres que je vous exposerais plus tard. Cependant je voudrais tout d'abord que vous me parliez de vos compétences et surtout de vos motivations.

La seconde qui suivit ce discours fût affreusement longue. Seuls les tintements de couverts ou de verres en cristal des autres clients de l'hôtel leur parvenaient aux oreilles. Bill et Gia étaient aussi surpris l'un que l'autre mais pour des raisons différentes. Le blond était impressionné par la facilité avec laquelle les mots étaient sortis. Il se redressa, assez fier de lui. Un tel discours dans un tel moment d'incertitude relevait du miracle. Par contre, la façon dont Gia avait serré les dents ne le rassurait en rien. Il la vit baisser la tête en marmonnant dans sa barbe et resta perplexe.

Qu'avait-elle nom de Dieu?

_ Il y a un problème?

Elle releva brusquement la tête, paraissant bien décidée à lui exposer son point de vue, lorsqu'un rire exagéré l'interrompit. Ils tournèrent la tête vers la provenance de ce son désagréable, oubliant quelques secondes leur conversation.

Venaient de faire leur entrée dans le restaurant, une jeune femme ainsi qu'un homme d'à peu près son âge. Ils étaient tous les deux d'une beauté renversante. Visages fins, peau pâle, cheveux brillants, regards assurés et séducteurs ; autant de facteurs qui amènent en chacune des personnes présentes un pincement dérangeant au c½ur.

Amère jalousie.

Ils marchaient avec grâce, leurs vêtements coûteux se froissant à peine lors d'un mouvement, et ignoraient royalement le monde autour. La femme portait une cascade de diamants au cou ainsi qu'une élégante robe en soie aux tons bordeaux. L'homme, dans son superbe costume Armani noir, lui tenait galamment le bras et ne cessait plus de sourire lui aussi. Ils semblaient tout droit sorti d'un roman à l'eau de rose moderne, le genre qui fait rêver les jeunes filles en fleur, émerveillées par l'amour éternel et la magie du luxe.

Bill, pour sa part, les trouvait horriblement laids.

Si elle riait aussi fort, c'était pour étouffer son malheur. Si il ne lui lâchait pas le bras, c'était pour se convaincre que peut-être, un jour, elle lui apporterait un véritable soutien moral. Ils étaient malheureux et ça crevait les yeux. Malgré son sourire étincelant, la jeune femme avait le regard le plus pathétique du monde : elle hurlait au secours. Le jeune homme, quant à lui, cachait ses cernes d'angoisse sous du fond de teint maladroitement étalé sur sa peau, et son pseudo sourire avait des allures de rictus. Malheureusement pour eux, dans ce genre d'endroit, dans ce genre de milieu, avec ce genre de personnes, les cris du c½ur se font généralement sourds. Car seule compte l'image.

Le blond ne put en éprouver que de la pitié et de la compassion.

Il détourna les yeux de ce spectacle désolant et consacra de nouveau toute son attention à l'étrange styliste. Elle fixait toujours le couple fortuné. Et si une autre qu'elle aurait eu les yeux brillants d'envie, ce n'était absolument pas son cas. Elle leur réservait un regard pire qu'hargneux et sa bouche se tordait de dégoût. On aurait presque pu croire qu'elle allait vomir.

Quand, enfin, ils s'installèrent à une table hors de son champ de vision après avoir calmé leurs nerfs sur un pauvre serveur, elle reporta finalement son regard sur Bill. Ce dernier devina alors dans sa façon de l'observer qu'elle le considérait comme eux. Elle pensait probablement qu'il était aussi snob et faux que toutes les personnes qui logeaient dans cet hôtel. Il comprit alors son manque d'enthousiasme depuis le début de leur entretien. Bill, dont la simple idée d'être encore associé à ce type d'individus lui paraissait insupportable, la devança avant qu'elle n'émette à nouveau le moindre son.

_ Je ne suis pas comme ces gens.

Gia s'immobilisa, abandonnant la hargne pour de la surprise.

_ Que voulez-vous dire?

Bill attrapa inconsciemment une de ses fourchettes et commença à jouer avec.

_ J'ai peut-être de l'argent mais je ne snob pas les autres. J'ai bien vu que vous n'aimiez ce couple. Je tiens donc à vous affirmer que je ne suis pas ce genre de personne. Croyez-moi.

La brune rougit honteuse de s'être autant mise à découvert. Pourtant, elle ne se démontait pas.

_ Qui me dit que c'est vrai? Dans votre milieu, on sait très bien jouer la comédie. J'en ai vu plein des individus comme vous qui se prétendent aimables et patients, voire ouverts d'esprit -genre- pour finalement me foutre à la porte parce que je ne propose pas les bonnes fringues!

Conscient qu'elle combattait les mêmes personnes que lui, Bill se jura de convaincre cette femme.

_ Laissez-moi vous raconter une histoire, et ainsi vous prouver ma bonne foi.

[...]


Bill se mordit les lèvres de délectation lorsque le bout de ses doigts entra en contact avec le denim brut de ce jean hors de prix. Même ratatiné dans un coin de cette gigantesque étagère de magasin de luxe, il restait aux yeux du blond un chef-d'½uvre de la mode et du textile. Il le lui fallait. Absolument.

_ Mais elle va crier...

Il jeta un coup d'½il aux vêtements qu'il tenait déjà sur son avant-bras et retroussa le nez en voyant quelques étiquettes lui narguer des chiffres aux montants pharamineux.

_ Elle va littéralement hurler...

Il reporta un regard désolé au jean. Il avait l'air tellement génial... Il le tira de son bras libre hors des ombres de l'étagère et le tendit sous un spot.

Ce fût une illumination, dans tous les sens du terme.

_ Je l'achète! Obligé!

Il planqua le vêtement sous un autre pantalon retenu sur son avant-bras et s'avança vers la caisse, espérant de toutes ses forces que Gia était déjà sortie du magasin. Manque de pot, elle l'attendait, passant le temps en parlant activement à la vendeuse. Bill tenta de rester impassible et déposa les vêtements à la caisse, en leur souriant à toutes les deux.

_ Bill, Debbie vient de me parler d'un magasin d'accessoire très intéressant. On pourrait aller le voir après. Ça te dit?
_ Bien sûr!

Ça se tutoie.
Ça se conseille.
C'est complice.
C'est amis!


Il était ravi. Vraiment. Mais le battement frénétique de son pied contre le sol trahissait son stress. Si elle remarquait ce jean....

_ Apparemment, il y a un nombre incalculable de ceintures et pour tous les goûts en plus! Si c'est pas mervei-... Bill! Qu'est-ce que c'est que ce truc?!

Il aurait essayé au moins.

_ Euh... Et bien... Oh Gia! Regarde-le! Il est sublime ce jean! Je ne peux pas sortir d'ici sans...
_ Et ton budget alors?! Décidément, je continue à me dire que c'est une bonne chose que tu m'aies prévenue! Tu es incapable de te tenir ma parole! Plus dépensier tu meurs!
_ Mais c'est le dernier! Promis!

Et il lui offrit alors la mine la plus pathétique du monde, celle à laquelle personne ne peut résister à moins de s'être fait enlevé le c½ur ou d'être aveugle. Et pour la quatrième fois de la journée, elle céda, exaspérée d'être aussi passive avec lui.

_ D'accord, d'accord...

Il leva un poing en l'air, signe de victoire, sous les rires attendris de la vendeuse.

Bill avait tout dit à Gia. Il lui avait tout raconté. Du plus loin où remontaient ses souvenirs jusqu'au moment de leur rencontre. Elle avait l'air assez septique jusqu'à ce qu'il parle de Warren qui était sûrement voué à une adolescence aussi difficile que la sienne. Elle avait remarqué les larmes de culpabilité qui restaient prisonnières sous ses paupières fatiguées : c'était à ce moment seulement qu'elle s'était laissée convaincre.

Elle éprouvait déjà de la sympathie pour lui quand il lui avait tendu un vieux classeur noir décoré de dessins faits au marqueur, dans le silence d'or de sa chambre d'hôtel. Elle l'avait ouvert, inconsciente d'être la toute première personne étrangère à en tourner la couverture. Gia avait alors découvert un personnage magnifique, séduisant, envoûtant. C'était le charme incarné. Elle avait beau se répéter que c'était un simple dessin, elle se sentait capturée par son magnétisme impressionnant et indéniable. Homme ou femme, elle n'en savait rien et n'avait même pas envie de savoir. Elle souhaitait juste l'avoir sous les yeux le plus longtemps possible et comprendre ce qui faisait que cet être était si fascinant.

_ Voilà celui que je vais devenir.

Bill lui avait dit cette phrase d'une voix assurée mais basse.

Elle avait levé les yeux vers lui, ne comprenant pas. Ce n'était donc pas un personnage? Il lui avait sourit timidement et lui avait montré de nouveau le classeur d'un coup de menton. Elle avait observé, plus attentivement cette fois-ci et avait fini par comprendre : ce personnage avait les même traits que Bill, le même visage. La raison pour laquelle il lui montrait ses dessins devînt évidente peu après : les vêtements. Ceux que portaient le Bill dessiné étaient à l'opposé de ceux du Bill réel. De même que la coiffure -une crinière brune digne des plus beaux mangas- et l'attitude. Les mots "assurance" et "prestance" semblaient avoir été créés uniquement pour lui : ils n'étaient pas mieux imagés que sur ces feuilles de dessins. Bill avait besoin d'elle pour devenir cette magnifique créature.

_ Ton travail est juste admirable. C'est... Mince Bill, je sais pas quoi dire. C'est tellement...
_ Merci.

Bill avait l'air soulagé et heureux qu'elle aime ses dessins. Mais elle voulait qu'il ressente plus que ça.

_ Sois-en fier Bill. Extrêmement fier. Parce que lorsque tu ressentiras cette fierté, tu auras la même expression que le Bill dessiné. Et ça plus ton futur look, ça va faire tourner plus d'une tête!
_ Alors tu vas m'aider?
_ Évidemment que je vais t'aider banane!

C'était ce qu'elle faisait en ce moment même, en parlant boutiques avec lui. Elle n'aurait jamais pensé qu'une telle personne puisse exister. Elle admirait ses motivations et son histoire. Elle espérait de toutes ses maigres forces pouvoir l'aider à changer et à enfin sortir de ce moule où l'avait enfermé la société.

Bill avait chamboulé sa vie et son regard sur les gens. Il était encore jeune et pourtant elle avait beaucoup appris de lui depuis qu'ils se connaissaient -soit depuis à peine deux jours. Et dire que dès le lendemain soir, ils allaient se dire adieu. Elle en était déjà attristée : c'était bien la première fois qu'elle ressentait de l'amitié et de l'affection pour un client. Qu'on se le dise : les changements les plus violents et radicaux sont généralement courts et inattendus.

Ses pensées furent étouffées par sa sonnerie de mobile.

Bill, la voyant négocier une chose non identifiée, en profita pour entrer en douce dans un magasin de santiags pendant qu'elle avait le dos tourné. Quand il en ressortit avec sa nouvelle paire, il en était tellement gaga qu'il ne remarqua même pas l'explosion imminente de la sainte patience de Gia.

_ Bon, j'vais me retenir de faire bouffer ta nouvelle paire de santiags en t'annonçant une mauvaise nouvelle.

Le sourire de Bill disparut pour laisser place à une mine anxieuse.

_ Une mauvaise nouvelle?
_ Oui, soupira Gia. La coiffeuse ne sera pas disponible demain avant 14 heures finalement.
_ Mais... Elle avait dit qu'elle serait libre dès 10 heures!
_ Oui, mais elle peut plus. Une sombre histoire de nièce qui s'est cassée la jambe ou chais pas quoi... Bref, tu sais ce que ça veut dire?
_ Que je pourrais pas voir l'aquarium d'Atlanta par manque de temps?
_ Euh, en partie. Mais surtout que tu vas devoir préparer ta valise pour demain dès ce soir.
_ Ah oui, c'est vrai. Mon vol est à 19 heures.
_ Exact. Finalement, c'est une bonne chose que tu aies acheté tout ça aujourd'hui, vu qu'on aura pas le temps demain. Là, il faut qu'on rentre tout de suite et on fait le tri. Demain matin, on règle tout pour ton arrivée à L.A. et si on a du temps tu pourras voir l'aquarium d'Atlanta avant d'aller chez la coiffeuse.

Bill sourit. Heureusement qu'elle avait son super sens de l'organisation.

_ Ok, c'est cool! Mais est-ce que là tout de suite on pourrait aller dans ce fameux magasin d'accessoires?
_ Gourmand va!

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Voilà, comme promis la suite! =)
J'espère que vous avez aimé!
Donnez moi vos avis! =D

Tom arrivera dans le prochain chapitre! ^^
Il risque de vous surprendre un peu! Hé hé! Encore plus que Bill... Bon j'arrête parce que si je continue sur cette lancée, j'vais finir par vous déballez toute la suite! O_o
Et si vous aviez l'intention de vous attachez à Gia (on ne sait jamais hein), bah détachez-vous! Elle est de passage! U__u"

Merci encore de me lire! <3
Bisous!

# Posté le dimanche 01 mars 2009 12:21

Modifié le lundi 09 mars 2009 14:32

Chapitre 4

Chapitre 4
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Tom
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Il avait passé sa vie à chercher.

Et aujourd'hui encore il le faisait. Pourtant cette fois-ci, c'était tellement différent. Ça n'allait pas aboutir à une petite rencontre avec une personne un peu paumée. Ça n'allait pas s'entasser dans la pile de souvenirs vagues qui occupaient son vieux cerveau. Aujourd'hui, il allait rencontrer son passé mais plus que tout son avenir.

Aujourd'hui, il rencontrerait son petit-fils.

Un être qu'il savait exceptionnel mais qui, comme beaucoup d'âmes sur cette Terre, vivait des tourments qu'il ne méritait pas. Un petit homme qui attendait patiemment le bonheur, en silence, bien calé dans les coins ténébreux de sa chambre. Son ange qu'il avait passé tant d'années à chercher...

Il allait enfin le sauver.

Il traversa hâtivement un passage piéton, devançant quelques personnes mal lunées et une fois arrivé sur le trottoir, il s'arrêta un moment pour observer la grande bâtisse qui lui permettrait de rencontrer son trésor : l'Aquarium d'Atlanta.

Il s'élança aussi vite que lui permettaient ses jambes de vieil homme. Il ne devait pas perdre de temps. Une occasion pareille ne s'était jamais montrée depuis neuf ans qu'il connaissait son existence. Il sentait de plus en plus sa présence, ce qui mettait son c½ur à rude épreuve face à tant d'émotions. Il atteignit le parking du gigantesque bâtiment culturel. Ses dreads grisées par le temps claquaient contre ses épaules tandis qu'il tournait la tête à gauche ou à droite, cherchant désespérément l'origine de cette aura tant aimée. Enfin, son regard perdu tomba sur une silhouette. Sa silhouette.

Celle de son ange. Son petit-fils. Tomas.

Il était grand pour son âge. On aurait dit qu'il avait grandi trop vite : il avait un visage encore enfantin, empreint d'innocence encadré par des cheveux lisses d'un blond foncé. Le tout dominait un corps fin aux longues jambes, couvert par des vêtements simples mais plutôt larges. Il avait des yeux rieurs, noisettes et un petit sourire qui réchauffait le c½ur de son grand-père.

Douze années que ce don du ciel était né.
Douze années et ils ne s'étaient jamais rencontrés.

C'était le moment ou jamais. Il était prêt à lui offrir la vie qu'un gamin de son âge devait avoir : une vie heureuse. Alors qu'il s'avançait pour le suivre lui et sa bande de petits camarades pré-pubères, il ressentit cette sensation familière et dérangeante dans son corps. Comme si il avait un deuxième coeur.

_ Non, non! Pas tout de suite! Pitié pas tout de suite!, murmura-t-il.

Il savait que ça ne servait à rien de supplier. Il avait un devoir à accomplir, petit-fils ou pas.

Il avait juré.

Il lui jeta un dernier regard empli de regrets et d'inquiétude. Pourvu qu'il le retrouve sans trop de difficulté... Et quand il partit en direction inverse, sa tête était déjà ailleurs :

_ Allez Robbie, au boulot!, s'encouragea-t-il. Encore une âme perdue à trouver.


Oui, chercher c'était vraiment toute sa vie.

[...]


Bill sirotait bruyamment son milk-shake tout en regardant avec une admiration non dissimulée une cinquantaine de poissons exotiques traverser l'énorme aquarium. Ils scintillaient comme des étoiles filantes et semblaient porter des milliers rêves sur leurs écailles.

_ Magnifique, décréta-t-il quand ils disparurent dans les profondeurs de cet océan artificiel.

Gia, postée à côté de lui, avait déjà visité l'Aquarium d'Atlanta une bonne dizaine de fois. Cependant, venir avec Bill changeait des autres visites : son regard émerveillé donnait un nouvel aspect aux choses, ce qui était beaucoup plus amusant.

_ Regarde, dit soudainement Bill en montrant la vitre qui séparaient les terriens de ce monde aquatique.

Gia observa un long moment puis fronça les sourcils :

_ Et bien quoi? Il n'y a rien du tout par ici, fit-elle remarquer.
_ Mais non, grogna Bill. Regarde!

Elle comprit soudain. Bill ne lui montrait pas l'eau mais leurs reflets. Ils ressemblaient à deux paumés avec leurs fringues passés de mode et leur air à la fois perdu et candide - Bill plus que Gia.

_ Aaaah, dit-elle en souriant. Oui, on est très beau, je sais, acquiesça-t-elle, pleine d'ironie.

Bill lui donna un coup de coude dans les côtes avant d'expliquer :

_ C'est juste que... je viens de réaliser que les vêtements que je porte sont les derniers. Ceux d'une ancienne vie.

Elle sourit sincèrement à son reflet.

Elle était habituée à voir ses clients jeter sans aucun scrupule un dressing entier pour "se renouveler". Elle pensait que Bill aurait jeté ses vêtements sans remords, comme les autres et ce précisément parce qu'il voulait véritablement changer de vie, sortir de sa coquille. Mais cette fois encore il l'avait surprise en restant une heure entière - voire plus - à regarder ses vêtements avec un air nostalgique à briser le c½ur. "Un sentimental ce petit Bill", s'était-elle dit. Et elle n'en était que plus touchée.

Il y avait à peine une heure, ils étaient au bureau d'une association caritative pour y donner toutes les anciennes affaires de Bill. A la demande de ce dernier bien entendu. "Sacré Bill", lui avait-elle lancé en entrant dans la voiture. Il n'y avait pas à dire, ce jeune homme la surprenait comme personne.

Et elle n'était pas au bout de ses surprises.

Ils traversaient à présent un des innombrables couloirs de l'aquarium, leurs regards se posant ça et là sur les différents mammifères marins quand soudainement Bill se stoppa devant une vitrine :

_ Regarde-moi ça!, s'exclama-t-il les yeux brillants d'un mélange d'admiration et de peur. Un...

_ Un requin-baleine!, s'écria un enfant à quelques mètres d'eux.

Bill le vit tourner la tête vers un groupe d'amis, ses longs cheveux blonds tournoyant par le même temps et leur faire signe de venir voir. Alors, tous se retrouvèrent côte à côte le nez et les mains collés à la vitre, leurs commentaires se bousculant autant que leurs coudes.

Bill détourna le regard de cette scène et croisa celui de Gia. Regard un peu trop malicieux à son goût :

_ Quoi?, demanda-t-il en rougissant.

Il savait ce qu'elle allait dire mais espérait se tromper. Que ce ne soit que le fruit de son imagination, mais :

_ Tu es comme ces enfants Bill.

Il le savait.

_ Pourquoi tu dis ça?, s'exaspéra-t-il en se tournant à nouveau vers le requin-baleine.
_ Parce que tu as exactement les mêmes réactions qu'eux face au monde, expliqua-t-elle d'une voix douce en s'approchant de lui.
_ Oui mais j'ai dix-sept ans, contra-t-il. J'suis plus un gamin.
_ Je sais, mais...

Elle parut soudain gênée mais poursuivit :

_ Mais on t'a arraché ta jeunesse Bill. On t'a volé ta liberté et ton insouciance. Alors...

Bill se tourna vers elle, lui intimant à continuer :

_ Alors que ton âme soit un peu plus enfantine que celle des autres jeunes de ton âge, c'est plus que normal.

Bill voulut lui sourire et la serrer dans ses bras mais ne réussit pas, l'émotion lui paralysant le corps. Gia comprenait et elle le soutenait. C'était son amie. La toute première. Si on lui aurait dit ça deux jours plus tôt, il ne l'aurait pas cru. C'était juste incroyable. Il allait articuler un faible "merci" quand un cri retentit :

_ TOMAS!

Encore inconscient que les instants à venir allaient marquer son existence, il se laissa emporter par la curiosité, se retourna vivement et s'immobilisa : sous ses yeux, la bande d'enfants qu'il avait remarqué quelques instants plus tôt était soudainement devenu le centre d'attention de tout le monde. Les enfants se tenaient dos à la vitre, leurs visages déformés par l'effroi. L'un d'eux s'était même totalement recroquevillé sur lui-même, semblant vouloir se cacher derrière les genoux cagneux d'un de ses camarades. Ils regardaient tous dans la même direction, leurs petits poings d'adolescents se serrant sans cesse par pure nervosité.

Bill regarda alors l'objet de tant de peur et comprit immédiatement : un homme d'une quarantaine d'années venait d'apparaître dans la pièce. Il tremblait de rage et ses vêtements sales et froissés ne lui donnaient pas plus l'air sympathique. Son crâne chauve luisait sous les néons et ses yeux cernés, injectés de sang dévisageaient les jeunes gens, encore tétanisés par son apparition. Bill sentit dans une légère brise une forte odeur d'alcool qui émergeait de l'homme. Son corps se crispa : un ivrogne. Totalement indifférent aux regards scandalisés que lui lançaient les autres visiteurs, le saoulard s'avança vers le groupe, le pas incertain :

_ TOMAS!, cria-t-il une seconde fois.

Deux de la demi-douzaine d'adolescents reculèrent un peu et commencèrent à s'éloigner discrètement. Ils savaient qu'ils n'étaient pas le sujet de la colère de l'homme et en profitèrent pour s'éclipser, lâchant un regard désolé audit Tomas. Ce dernier n'étaient autre que le jeune recroquevillé par terre, le grand blond qui semblait si heureux et émerveillé quelques minutes plus tôt.

Il tremblait autant que l'homme qui se tenait devant lui, mais certainement pas pour la même raison. Il restait recroquevillé, la tête basse, le souffle court, se préparant à une sentence qu'il n'estimait pas mériter. Son attitude, ou plutôt son manque de réaction sembla pousser la patience de l'ivrogne à bout :

_ Regarde-moi quand je te parle, espèce de petit merdeux!, cracha-t-il en se penchant vivement pour lui attraper le col et le soulever.

Bill sentit Gia tressaillir à côté de lui et comprenait pourquoi : lui aussi ne savait pas quoi faire. Comme toutes les autres personnes qui regardaient la scène, il n'oserait jamais.

Tomas était à présent debout, le col de son pull toujours entre les doigts de l'alcoolique mais gardait obstinément la tête baissée. L'homme le secoua violemment et tout le monde put entendre un gémissement plaintif de la part du jeune garçon avant que l'autre ne se remette à gueuler :

_ J't'ai dit que je voulais plus te voir dehors abruti! Je suis ton père! Tu dois m'obéir!
_ ...
_ Regarde-moi quand je te parle!

Mais Tomas ne levait toujours pas les yeux.

_ Regarde-moi quand je te parle!!!

Bill vit avec horreur la grande main sale de l'ivrogne s'élever dans les airs prête à s'abattre sur l'enfant apeuré. Bill eut un haut le c½ur : c'était bien plus qu'il ne pouvait supporter. Une véritable torture. Il ferma très fort les yeux, le c½ur déjà brisé à la simple idée d'entendre un coup frappé sur ce pauvre être innocent.

Mais il ne l'entendit pas. Il n'entendrait jamais ce coup.

Le c½ur battant étrangement à tout rompre, il ouvrit lentement les yeux et son souffle se coupa lorsqu'il vit une main. Une main qui s'était interposé pour sauver ce jeune homme de la violence de son père. Quelle courage, se disait Bill, quelle bonté d'âme. C'était admirable. Il vit la main serrer un peu plus fermement le bras de l'ivrogne pour finalement l'éloigner du visage de l'adolescent.

Sa main.

C'était sa main à lui, Bill Hamilton, qui avait sauvé le jeune Tomas. Sa main qui tenait fermement le bras tremblant du père ivrogne. Son corps qui s'était interposé entre les deux hommes. Son dos qui brûlait sous le regard admiratif de Tomas. Son visage que l'alcoolique détaillait avec haine.

Putain, c'était lui le sauveur.

Bill prenant conscience de ce qu'il avait fait -de ce qu'il était en train de faire- commença à paniquer. Dans quel bordel il s'était mis? Qu'allait-il se passer maintenant?

_ Mais t'es qui toi?
_ ...
_ T'es qui pour m'empêcher de parler à mon fils?!, cracha l'ivrogne.

Parler? Parler?! Alors pour lui humilier son fils en public, essayer de le frapper, c'était parler? Bill fronça durement les sourcils. Il en avait marre de tous ces parents irresponsables, qui pourrissaient la vie de leurs enfants alors qu'eux tout ce qu'ils souhaitaient c'était connaître ne serait-ce qu'une once de bonheur. Cet homme était aussi con et inutile que ses parents à lui :

_ Foutez-lui la paix à votre gosse, dit-il d'une voix ferme.
_ Comment?

Sa voix était traînante et menaçante. Il relâcha le col de son fils pour mieux se mettre face à Bill :

_ J'vais te régler ton compte espèce de connard. Et ensuite tu me diras qui tu es pour avoir osé-
_ C'est lui!

Tous tournèrent la tête vers la provenance de cette voix, Bill le premier. Gia. Elle les montra du doigt et deux responsables de la sécurité se précipitèrent sur l'ivrogne. Bill soupira de soulagement, accorda un dernier regard ironique à l'ivrogne et recula légèrement, le c½ur battant encore à un rythme impossible, pour les laisser faire leur boulot. L'arrestation n'allait pas se faire sans bruit, tous le savaient.

Bill lança un regard plein de remerciement à Gia, tandis que celle-ci l'applaudissait silencieusement. Et alors qu'il allait la rejoindre pour continuer la visite, il vit une tête blonde entamer un sprint vers un couloir adjacent.

_ Merde, souffla Bill.

Il se tourna vers Gia, l'air un peu perdu. Non, il devait le faire. Essayer au moins.

_ Attends-moi ici, okay?

Et lui aussi parti en courant. Il l'avait à coup sûr déjà perdu de vue, mais persista dans sa course, suivant comme il pouvait son instinct. Il devait parler à ce Tomas. Ce pauvre gosse, il semblait tellement perdu, tellement abattu. Comme si, malgré son jeune âge, il n'attendait plus rien de la vie. Non, perdre espoir, c'était l'erreur à ne pas faire.

Ses jambes l'amenèrent à la plus proche sortie de secours dont il ouvrit la porte à la volée pour tomber dans une cour de taille moyenne, délimitée par des grillages. Et vu le nombre de mégots qui jonchaient le sol près des murs du bâtiment, c'était à coup sûr le coin fumeur du staff de l'aquarium. Bill jeta un regard circulaire au lieu et enfin dans un coin, caché derrière un carton, il put apercevoir un bout de la manche du manteau de Tomas.

Pendant une milliseconde, il en ferma les yeux de soulagement puis s'approcha précautionneusement de lui.

Tomas était recroquevillé contre un mur délabré, la tête dissimulé contre ses genoux. Des spasmes secouaient ses épaules, sans qu'il y ait pourtant de réel sanglot. Bill s'accroupit silencieusement face à lui, si bien que Tomas ne remarqua pas sa présence tout de suite. L'aîné cherchait ses mots, ses yeux s'attardant par le même temps sur des détails tels que la fine pluie qui parsemait ses longs cheveux d'un blond foncé semblables aux siens ou encore ses ongles rongés et bleuis par le froid.

_ Tomas?

Sa voix était douce et faible. Il aurait préféré faire preuve d'un peu plus d'assurance mais l'inquiétude et la peur de mal faire lui serraient la gorge. A l'entente de son nom, Tomas s'était un peu plus recroquevillé sur lui-même, ses spasmes se stoppant d'un seul coup :

_ Va-t-en, murmura le plus jeune.
_ Mais...
_ S'il te plaît, souffla-t-il, le visage toujours caché. J'ai pas besoin de ta pitié ou de ta compassion.
_ Non, je...
_ Je sais déjà ce que tu vas dire, coupa à nouveau Tomas. Ils me l'ont tous dit. C'est soit "Je n'arrive pas à croire qu'il te fasse subir tant d'horreurs." Ou alors "Tout s'arrangera Tomas, tu verras." C'est bon tu peux te barrer, je connais le refrain.
_ Qu'est-ce...
_ T'as pas compris?! Je veux pas de...!
_ TOM!

C'était sorti tout seul.

Il avait crié sur lui et n'avait rien vu venir. Mais il était tellement... Fatigué après cette altercation avec ce père incapable, et aussi frustré parce qu'il voulait aider ce gosse, ne serait-ce que quelques minutes. Et là, il se faisait jeter avant même d'être entendu.

Tomas releva lentement la tête et Bill put enfin voir son visage torturé par la tristesse et le désespoir. Ses yeux fatigués hésitèrent longtemps avant de croiser ceux du jeune homme.

Bill soupira de soulagement : il allait finalement avoir son attention.

_ Y'a... Y'a que ma mère qui m'appelait comme ça, fit remarquer l'adolescent.

Tom avait employé le passé mais Bill préféra ne poser aucune question et lui sourit :

_ Et tu aimes ce surnom?
_ Ouais, avoua-t-il en haussant les épaules.
_ Alors je peux t'appeler comme ça?
_ Si tu veux, répondit-t-il en rougissant légèrement.
_ Cool. Bon, je peux te parler maintenant?

Tom rougit encore plus et acquiesça. Bill prit un air confiant :

_ Ces gens qui t'ont sorti ces phrases bateaux... ils ne comprennent pas. Et ils ne pourront pas comprendre tant qu'il ne l'auront pas vécu.
_ Toi aussi tu...? J'veux dire... T'as déjà été battu?, demanda précipitamment l'ado.

Cette question brisait encore plus le c½ur de Bill mais il répondit tout de même :

_ Non, je... je n'ai jamais vécu ce genre de situation mais ce que je veux dire... Il t'a volé ta liberté! Il t'a volé ton insouciance! Je ne connais pas votre histoire, ni son histoire à lui mais même si il a eu des problèmes dans sa vie il ne doit pas pourrir la tienne! Un enfant, quel qu'il soit, n'a jamais demandé à venir au monde, alors la moindre des choses pour un parent c'est de lui offrir un peu de bonheur aussi infime soit-il. Je veux que tu prennes conscience de ça Tom. Tu as le droit au bonheur. Tout à l'heure, ton attitude m'a choqué : on dirait que t'as abandonné, que t'as perdu espoir, que t'attends plus rien de la vie. Non, non Tom, jamais! Crois en toi, crois en la vie même si elle est pourrie.

Tom pleurait à présent. Sous les multiples couches de vêtements qui le réchauffaient, son c½ur battait fort contre sa poitrine, comme pour crier qu'il approuvait les paroles de cet inconnu...Qu'il y croyait.

_ Je ne vais pas te dire que tout ira mieux demain mais crois-moi un jour, sans que tu t'y attendes, il se passera quelque chose. Ça peut venir de toi-même comme ça peut venir d'une autre personne. Mais ça viendra. Donne-toi une chance Tom.

Le concerné acquiesça vigoureusement avant de pleurer encore plus fort. Bill gêné, mais satisfait de s'être fait entendre, plongea une main gelée dans une poche de manteau pour en sortir un paquet de mouchoirs :

- Tiens.

Tom prit le paquet, un tira un mouchoir et se moucha bruyamment, le tout sous le regard attendri de Bill. Une fois fini, il lui tendit son paquet. L'aîné secoua la tête :

_ Garde-le.

Cette action prévenante si banale soit-elle, déclencha chez le jeune un élan d'affection foudroyant : il se jeta dans les bras de Bill, les larmes allant mouiller son manteau. L'aîné surpris par cette manifestation de tendresse resta immobile une milliseconde : il n'était pas habitué à cela, la seule personne qu'il ait serré dans ses bras étant Warren. Mais rapidement il entoura Tom de ses bras en le serrant contre lui.

Pourvu que cette rencontre sauve ce gosse, se dit Bill.


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I DID IT!

Que pensez-vous de ce chapitre?
De Tom?
De Robbie? Rob est un nouveau personnage : il est vraiment très très trèèèèès important. Et pas seulement parce qu'il est le grand-père de Tom. ^^

Je dois vous avertir : cette fiction est légèrement fantastique (notamment à cause de Robbie et de la ville de GT en elle-même). Vous pourrez le constater dans le prochain chapitre qui s'intitulera probablement ( pour ne pas dire à coup sûr) Gaytown! XD

J'essaierais de poster la suite avant la fin du moins (c'est déjà pas mal).

Je sais que je suis passablement lente et que c'est nul. u_u' J'en suis désolée. Ça devient problématique autant pour vous que pour moi et je sais déjà quelle en est la principale cause : mon entêtement à vouloir écrire des suites longues. En général j'y arrive mais genre au bout de un mois voire plus alors... Surtout que j'ai deux autres fictions à côté! O_o

Je vous propose donc un sondage ici à ce sujet! Ça vous prendra dix secondes!

Merci d'avance!

Je vous aime!

<3

# Posté le mercredi 13 mai 2009 09:11

Modifié le mercredi 08 juillet 2009 14:03